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Un pas dans la laideur



Un pas dans la laideur.


Je crois que c’est Brel qui aurait dit qu’il entendait pousser ses cheveux. C’est, me semble-t-il, ce qui m’arrive ces dernières semaines. Cette pousse des cheveux n’est pas seulement audible, mais surtout visible. Trop visible au point qu’à chaque fois j’appréhende l’image que va me renvoyer mon miroir. Le temps de me raser la barbe est une épreuve car il me faut supporter une tête peu avenante. Je me suis résolu à me raser plus souvent pour rendre ma tête moins agressive.


Rien n’y fait ! Jusqu’au chien du voisin qui se met à aboyer, et ouvre grande sa gueule pour montrer ses crocs acérés, alors que naguère il m’accueillait en bougeant frénétiquement sa queue comme pour me témoigner de l’amitié. J’imagine que ma tête hirsute doit lui faire peur, et qu’il ne me reconnaît plus. L’attitude d’un animal peut interpeller autant que les paroles, souvent empreintes d’hypocrisie, de votre prochain.


Alors je me pose brutalement la question : qui du confinement ou de la vieillesse m’a le plus abîmé ? Pour ce qui est du confinement, j’avoue que pour moi, c’est à peine perceptible. J’ai le privilège d’habiter une vaste résidence fermée, et qui est quasi déserte en cette période de l’année. Donc sans enfreindre la loi, je m’offre le luxe de faire mes sept kilomètres de marche quotidienne, sans éprouver la nécessité de mettre un masque.


Mais la semaine dernière il y avait des travaux de peinture de la façade d’une maison avoisinante. J’ai mis alors un masque. Comble de l’étonnement le chien du voisin ne s’est pas manifesté : pas de frétillement de la queue, pas d’aboiements, juste un regard bizarre ! Je l’ai alors dévisagé pendant une bonne minute cherchant à percer la signification de son regard. Subitement l’étonnement devient sidération car j’ai cru déceler dans son regard à la fois de l’incompréhension et de la compassion. Sûrement de l’incompréhension de voir un humain avec une muselière ! Mais aussi de la compassion car il doit se demander ce que j’ai bien pu faire pour qu’on me mette une muselière, alors que lui en bon chien n’en a jamais porté.


Pour ce qui es du ravage du temps, je n’en ai cure. J’aime mes rides ! Plus elles se creusent plus je les apprécie. C’est ma parure, portant haut et beau mon âge ! De plus elles ont l’intelligence de s’estomper à chacun de mes sourires. Mon humeur se dégage de mon visage, au grand bonheur des miens. Ces signaux me rendent-ils plus agréable à vivre, estompent-ils le côté grincheux que l’âge m’a infligé.


Oui j’ai comme de la tendresse pour mes rides, en somme j’aime ma vieillesse ! Pourquoi ne l’aimerai-je pas quand le regard de ma petite fille me renvoyait comme des étincelles d’émerveillement ? Mais plus ces jours-ci ! Maintenant quand elle me regarde sur son écran elle me fait la même réflexion : Serais-tu malade grand père? Il faut aller te reposer !

Invariablement je marmonne : Non, je suis pas malade et je ne fais que me reposer ! Ce que j’omets de lui dire que c’est, depuis j’ai un pas dans la laideur.


Comme j’absous l’âge de toute responsabilité dans mon délabrement physique, il ne me reste que le confinement à incriminer. J’ai mentionné qu’il est moins sévère pour moi que pour la multitude, je ne suis pas pour autant épargné par le stress qu’il occasionne. Comme le stress affecte le moral et surtout diminue les défenses immunitaires on est en devoir de se poser la seule question qui vaille : le confinement comme remède n’est-il pas pire que le mal qu’il est sensé nous éviter ?


Abdelahad Idrissi Kaitouni

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