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Les baby-boomers ou la fin d’un monde.

Dernière mise à jour : 30 sept. 2020



Chaque jour je constate, impuissant, la disparition de plusieurs de mes proches et de mes amis. Ceux de ma génération qui manquent aujourd’hui à l’appel paraissent plus nombreux que les survivants. L’accélération des disparitions me donne l’impression de vivre un scénario de fin du monde. Il serait plus judicieux de parler de la fin d’un monde.


Avec les baby-boomers, dont certains flirtent avec les 80 ans, c’est en effet tout un monde qui est entrain de tirer sa révérence. Il ne s’agit pas de faire ici le bilan de cette génération, je laisse le soin aux baby-busters (1960-80) et aux Millenials (1980-2000) d’instruire et lui faire le procès en mauvaise gouvernance de la planète. Par ma part, je veux juste témoigner avec cette chronique de la qualité de la vie des baby-boomers.


Je surprendrai plus en me risquant à dire que cette génération, est de toutes, celle qui aura connu le plus de bonheur. Elle a réussi la gageure de vivre harmonieusement une ambivalence oscillant entre le tout culturel et le tout technologique. C’est la dernière génération à avoir vécu intensément la réalité, ce qui fait qu’elle éprouve toutes les peines du monde à vivre dans un univers qui apparement n’existe pas, la virtualité !


Être connecté en permanence la dérange, empêchée qu’elle est de ne plus arriver à vivre l’instant comme naguère. L’instant d’un café partagé, l’instant d’une soirée bien arrosée, l’instant d’une poésie à déclamer, l’instant d’une compagnie agréable et apaisée, l’instant d’un sourire, d’un rire, d’un fou-rire ! Qu’en est-il du romantisme qui accompagne généralement ces instants, un romantisme qui rend éternel l’instant le plus fugace ?


Notre génération ne sait pas sourire à un écran ou répugne à le faire. Pour utiliser un mot très en vogue aujourd’hui, je dirai que c’est dans le présentiel qu’elle s’est toujours accomplie. C’est la présence physique de l’autre qui donne une résonance particulière au bonheur de vivre en société. Pour les baby-boomers la vie sociale apparaissait comme le fondement de la dimension humaine. Son attachement à ces valeurs la fait passer pour ringarde aux yeux de ceux que la virtualité a complètement éblouis pour finalement les désociabiliser.


Certes, c’est sur le tard qu’elle a connu ordinateur, tablette et smartphone, c’est sur le tard qu’elle a fait son immersion dans les réseaux dits sociaux, c’est sur le tard que Internet et les prodigieux développements de la technologie l’ont rattrapée. Arrivée donc en retard elle ne semble pas être à l’aise dans la virtualité. Devons-nous imaginer que les survivants de cette génération sont aussi les derniers survivants de la réalité ?


Si en général nos septuagénaires appréhendent l’avènement de ce monde, il en est qui se sont laissés griser par le vertige des nouvelles technologies et s’inscrivent allègrement dans leur mouvance.


La faculté d’adaptation des baby-boomers trouve son origine dans un vécu particulièrement riche. En effet leur époque était une des plus féconde. Je ne reviendrai pas sur les aspects scientifiques et techniques qui sont des marqueurs décisifs de cette période. Par contre il serait utile de s’attarder sur tout ce que cette génération a apporté à la culture dans toutes ses manifestations, et dans le plus noble sens du terme.


Le cinéma, le théâtre et la musique ont atteint des sommets. On voit aujourd’hui encore avec quelle délectation les générations suivantes, X, Y et Z, savourent les chefs-d’œuvre de l’époque. La littérature, la philosophie et les écrits ont également vécu une période faste. Il est vrai que nombre d’œuvres fondamentales ont commencé à poindre au moment de la Belle Époque (l’entre-deux-guerres), mais elles n’ont connu le grand retentissement qu’avec les baby-boomers.


Curieusement cette époque était aussi très féconde un peu partout, y compris dans les pays dits arabes où rarement le renouveau et la création artistique et littéraire n’ont été à ce point sublimés. Mystérieusement dans ces pays, les générations suivantes semblent en panne d’inspiration aujourd’hui et se repaissent uniquement de l’héritage de leurs aînés.


D’une manière générale les septuagénaires peuvent s’enorgueillir d’avoir vécu une période faste et d’avoir savouré leur bonheur. Un bonheur magnifique jusqu’à l’insolence parfois. Il s’en es fallu de peu qu’on ne fasse comme au Bhoutan qui a réussi la gageure de créer le BNB, ou le Bonheur National Brut.


Je redescends sur Terre, car je ne suis pas à Phalanstère, cette cité mythique où on est condamné à vivre heureux.


Abdelahad Idrissi Kaitouni.



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