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Mon blog

Du Savoir-vivre au Savoir-vieillir.




Ma dernière chronique sur le Grand Âge, m’a valu un nombre incroyable de commentaires. Le plus gratifiant, c’est la qualité de certains commentaires qui se voulaient de véritables leçons de vie. Pourtant je m’étais barricadé derrière la dérision pour signifier que je ne saurais me résoudre un jour à devenir otage de mon âge. 


Certains ont juste rappelé que parfois des libertés se trouvent réduites ou contrariées par le Grand Âge. En fait, c’est moi qui me trouve contrarié quand on me brandit, à tout bout de champ la notion de liberté. Or pour moi toutes les libertés ne se valent pas, car je ne suis pas affecté de manière indistincte par la perte de telle ou telle liberté. Chacun de nous a sa propre hiérarchie des libertés.


Être libre est intimement lié à une sensation de bien-être, ou si l’on veut à une certaine forme de bonheur. Comme le bonheur n’est pas forcément inné et reste avant tout une construction intellectuelle, la réaction à une perte de liberté diffèrera d’un individu à un autre. 



Instinctivement mon cerveau relativisera toute perte de libertés dû à mon Grand Âge. Devrais-je demain, à Dieu ne plaise, perdre mon autonomie, que je ne me ferais point violence si je devais recourir de l’assistance pour ma mobilité. C’est un choix moral, qui plus est, un rempart contre la tristesse. Oui, surtout pas la tristesse ! Car outre que c’est le premier pas vers une éventuelle dépression, la tristesse incommodera, à coup sûr, l’ensemble de ceux qui nous aiment. 


Comment récuser l’assertion comme quoi la tristesse est une faute de goût, quand de nombreuses personnes se complaisent à parler continuellement de leurs maladies réelles ou supposées sans qu’ils se rendent compte qu’ils indisposent leurs interlocuteurs ? Ce genre d’individus, qui se recrutent dans toutes les strates de la société, n’obtiennent que rarement la compassion attendue. 


Oh combien je me déteste quand je me retrouve en présence de malades qui n’arrêtent pas de se plaindre de leurs maux, comme pour me reprocher d’être en bonne santé. Je me déteste d’autant plus que j’ai la fâcheuse tendance à me culpabiliser d’être ou de passer pour être moins malade que mon interlocuteur.


Pourtant je suis ce qu’on appelle une âme sensible, car je suis souvent remué par le malheur des autres. Mais je m’interdis d’extérioriser ma propre peine de peur d’alourdir davantage l’atmosphère. 


Ceci dit, c’est bien volontiers que je rends visite à des malades. Je ne crois pas m’y être rendu un jour avec des fleurs à la main. Je préfère être chargé de bonne humeur, de belles paroles de réconfort, de mots appropriés pour leur faire oublier un instant leurs souffrances.  



Être positif est un clin d’œil au bonheur, et pour moi un choix moral évident. Être triste, apparaît à contrario, juste une faute de goût. Grande ou petite, la faute s’indexe sur le niveau de tristesse : de la simple mélancolie, à la déprime profonde, la palette est assez large. Quant au goût, on sait depuis toujours, qu’avec les couleurs, ce sont les deux choses les moins bien partagées.


L’affaire de goût relève à la fois de l’acquis et de l’inné. Durant toute sa vie, l’homme, sous l’influence conjuguée des parents, de l’école, de la société, et de son couple arrive parfois à cultiver du bon goût. Cette part de l’acquis est fortement tempérée par la capacité de l’individu à savoir s’approprier le bon goût. 


Comme pour la fortune, tout le monde la cherche mais elle sourit à certains, les riches, et ignore le grand nombre, les pauvres. Pas plus qu’on ne peut reprocher aux pauvres d’être pauvres, on doit se garder de reprocher l’absence de bon goût à ceux qui n’arrivent pas à masquer, ou du moins à atténuer leur tristesse.



Vieillir est une chance ! Aussi faut-il ne pas la gâcher en cédant aux tourments inéluctables du Grand Âge. Au fur et à mesure du cumul des années on apprend à bien maîtriser ses humeurs pour ne point afficher la morosité qui indispose les autres. Je conviens que c’est plus facile à dire qu’à faire. Je ne dis pas qu’il faut aller jusqu’à afficher une allégresse béate. Mais au couchant d’une vie ne vaut-il pas mieux laisser à la postérité l’image d’une personne plaisante. Une image que vous aimeriez qu’on garde de vous et qui s’imposera à l’évocation ultérieurement de votre nom, et qui au final sera infiniment gratifiante pour ceux qui vous aiment. Ces derniers resteront charmés jusqu’au-delà de votre mort. 


Si le Savoir-vivre est un Art, le Savoir-vieillir en serait le summum. Car, arriver à ex-filtrer du bonheur à partir de toutes les vicissitudes du Grand Âge, et surtout à partir de corps passablement abîmés, relève d’une finesse et d’un raffinement hors du commun ! Le Grand Art, quoi ?



Abdelahad Idrissi Kaitouni. 

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