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Bye bye USA, hello China.

Dernière mise à jour : 19 nov. 2020



Un événement d’une importance considérable a eu lieu ce 15 novembre. Il est surprenant que les médias n’aient pas donné à l’événement le retentissement qu’il mérite. En effet ce jour là, quinze pays d’Asie représentant 30% de la population mondiale et 30% du PIB mondial ont décidé de créer la plus vaste zone de libre échange qu’on ait jamais connue. Outre les pays de l’ASEAN, on retrouve les principales économies asiatiques comme la Chine, le Japon, la Corée du Sud et l’Australie.


L’importance de cet ensemble ne réside pas dans les chiffres stratosphériques des échanges qui y seront produits, mais il est annonciateur du début de la fin de l’hégémonie américaine sur le monde, et concomitamment il consacre définitivement la Chine comme première puissance.


Comment expliquer ce choc tectonique qui a déclassé l’un et propulsé l’autre ? À l’évidence la réponse se trouve dans les choix politiques de l’Amérique et les choix économiques de la Chine.



Les USA ont été obligés et forcés de centrer toute leur politique sur le moyen Orient sous le fallacieux prétexte qu’il fallait défendre les sources d’énergie. En réalité, leur priorité était et reste la «défense » d’Israël au prix de la dévastation des pays limitrophes. Quel intérêt y avait-il pour l’Amérique de livrer des guerres en Afghanistan, en Irak, en Syrie, pour ne citer que ces pays ? Les GI’s repartent à la maison laissant derrière eux, après les guerres, des pays exsangues, sans toutefois qu’ils aient retiré un quelconque bénéfice ou avantage pour leur pays. Selon des think tanks américains, depuis le 11 septembre 2001, ces guerres ont englouti près de 4 000 milliards de dollars sur le seul budget du Pentagone.


Pendant tout ce temps où l’Amérique regardait ailleurs et brûlait inutilement des montants faramineux dans des guerres toutes aussi inutiles, la Chine, ayant les coudées franches, s’est lancée discrètement dans un développement tout azimut qui force l’admiration. Pourtant de très nombreux observateurs occidentaux ont attiré l’attention des Administrations, aussi bien Républicaines que Démocrates sur le risque de voir la Chine faire cavalier seul en affectant ses formidables excédents commerciaux à la recherche et prendre l’ascendant sur une Amérique qui a préféré dilapider ses ressources dans le rôle de gendarme du monde pour la satisfaction d’une fierté patriotique surdimensionnée et pour contenter un lobby sioniste avide de domination. D’ailleurs nombre de ces observateurs avaient prévu le décrochage vers 2040/50 des USA sur le plan économique, et le plus surprenant sur le plan technologique, leur domaine de prédilection. Apparemment l’histoire semble s’accélérer.



Je suis quelque peu désolé de voir à quel point notre intelligentsia est verrouillée par le formatage de nos pensées par l’Occident. Reprendre sur la Chine les idées en cours en France par exemple, me parait totalement décalé au regard des faits avérés aujourd’hui. Continuer à croire à la pérennité de la suprématie américaine relève de la courte vue.


À l’appui du postulat de la suprématie américaine, on déroule une longue liste des fragilités de la Chine. Même des atouts d’importance sont perçus comme des points de fragilité. Par exemple on veut me faire croire que le matelas de devises de 13 000 milliards de dollars constitue plutôt un handicap pour la Chine car 80% de ce montant est constitué de bons du Trésor américain, et de ce fait l’Empire du Milieu serait entièrement dépendant de l’Oncle Sam. On croit rêver quand une manne d’argent aussi gigantesque puisse devenir un handicap. Je me suis contenté de fredonner : je te tiens, tu me tiens par la barbichette ... .



Les fragilités réelles ou supposées de la Chine datent d’une époque maintenant révolue. Passons-les en revue. La principale fragilité c’était que l’économie chinoise dépendait essentiellement des exportations. La Chine-usine n’était rien sans les marchés extérieurs, notamment américains et européens.


Les Chinois étaient conscients de ce déséquilibre et dès le milieu des années 1980, ils ont essayé d’une part de créer un marché intérieur et d’autre part de s’orienter progressivement vers des produits à plus forte valeur ajoutée. Trois décennies plus tard on constate que le progrès le plus significatif réside dans la taille atteinte par le marché intérieur chinois qui rend le pays de moins en moins sensible aux fluctuations exogènes.


On estime aujourd’hui que le tiers des Chinois ont atteint le niveau de consommation standard des Européens, soit environ 450 millions de personnes. Les deux tiers restants de la population sont certes à la traîne, mais représentent le formidable potentiel de croissance qui attend l’Empire du Milieu.


Le commerce extérieur de la Chine n’est plus désormais son talon d’Achille. Car en plus de de la taille de son marché, il y a lieu de mentionner que la Chine exporte de plus en plus de produit à très forte valeur ajoutée. Des équipementiers comme Hwawei ou ZTE sont présents dans les infrastructures de l’écrasante majorité des opérateurs télécoms. Non seulement ils se présentent avec un rapport qualité/prix imbattable, mais ils peuvent offrir des solutions plus avancées que leurs concurrents américains ou européens.



La Chine a des ambitions qui vont bien au-delà du niveau de progrès déjà atteint. D’où l’adhésion à cette immense zone de libre échange qui va l’affranchir de toute dépendance vis à vis de ses marchés traditionnels. La part des marchés américains et européens dans le commerce extérieur chinois est appelée à diminuer considérablement. Cela va-t-il sonner le glas de l’omnipotence du dollar ? Allons-nous assister dans les prochaines années à l’avènement du Renminbi comme monnaie de réserve ?


On se rappelle que dans la foulée des accords Bretton-Woods en 1944, le dollar s’était imposé comme monnaie de réserve à cause de sa grande stabilité, laquelle stabilité provenait du fait qu’à l’époque le commerce extérieur des USA pesait moins de 4% de l’activité économique du pays. Les choses ont beaucoup changé depuis et la part du commerce extérieur a notablement augmenté sans pour autant entamer la stabilité du dollar, et ce malgré quelques soubresauts périodiques.


Tout porte à croire que sous l’effet conjugué de l’expansion attendue du marché intérieur chinois et des échanges pharamineux attendus de la nouvelle zone de libre-échange, le Renminbi atteindra, en l’absence de fluctuations extérieures, un niveau de stabilité remarquable, mettant immanquablement en péril la prééminence du dollar.



La consolidation de la montée en puissance de la Chine emprunte une autre voie, singulière certes, mais toute aussi prometteuse, une voie appelée : Nouvelles Routes de la Soie (BRI), qui empruntent à peu de choses près l’itinéraire suivi séparément par Ibn Battouta et Marco Polo au moyen âge.


Malgré l’opposition déterminée de l’Occident à cette initiative, qui constitue une menace évidente pour ses intérêts, son succès a était immédiat y compris parmi les pays de l’UE comme l’Italie et plus récemment le Portugal. Très tôt le Maroc a voulu s’inscrire dans cette initiative. En a-t-il été empêché par des puissances étrangères qui lui auraient fait du chantage sur la marocanité du Sahara ?


Toujours est-il que ne subsiste plus que le projet de la ville technologique «Tanger tech » après l’échec du TGV Casa-Marrakech-Agadir et surtout l’échec de Casa Finance City dont l’objectif était d’en faire la principale place financière de l’Afrique et que les Chinois comptaient ériger en plateforme qui allait consacrer le Renminbi comme monnaie de réserve pour l’Afrique. Les Marocains, déçus par ces entraves à leur développement, sont réconfortés par l’attitude compréhensive des Chinois chez qui c’est le «temps long » qui prévaut.



En rappelant l’épisode marocain dans les Nouvelles Routes de la Soie, je veux souligner la patience avec laquelle la Chine est entrain de tisser un réseau planétaire pour assoir définitivement son leadership sur le monde de demain. Si dans quelques générations on chercherait à date la naissance du siècle chinois, le 15 novembre 2020 me semble parfaitement convenir.


Abdelahad Idrissi Kaitouni.






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