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C’est la fracture sociale qui incrimine l’Arabe !



Dans un précédent papier, j’ai essayé de montrer que le Maroc est maintenant une entité génétiquement accomplie et qu’il est devenu l’espace d’une seule et unique ethnie : la marocaine. A cet effet j’ai fourni les faits et chiffres pour rappeler que la faiblesse de l’apport génétique arabe n’était pas de nature à altérer le caractère fondamentalement amazigh du pays.


Toutefois, si l’impact génétique est insignifiant, l’empreinte linguistique est d’une toute autre dimension. La question qui interpelle est la suivante : comment la minorité arabe a-t-elle réussi à imposer outrageusement sa langue à la majorité amazigh ? Une question simple, mais qui suggère une infinité de réponses ! Bien malin celui qui peut formuler la ou les réponses les plus judicieuses.


Je n’ai aucune prétention d’en apporter. L’exercice pour moi consiste à passer en revue des questionnements et des faits dans l’espoir que leur agrégation conduise à réduire la fracture opposant de supposés protagonistes.


Le premier fait qui vient à l’esprit c’est la relation étroite qui existe entre l’Islam et l’Arabe et la question subsidiaire qui va avec : Est-ce la propagation de l’Islam qui était le vecteur de diffusion de la langue arabe ou l’inverse ? Combien même l’Arabe est la langue du Coran, on ne peut occulter le fait qu’il existe plus d’un milliard de musulmans non arabophones. Autrement dit la propagation de l’Islam n’est pas nécessairement tributaire de la langue arabe.


Mais alors que s’est-il réellement passé au Maroc ? Ce qui est sûr c’est que l’islamisation n’a pas abolit l’Amazighité, loin s’en faut. Apparemment l’alliance entre les deux était plus forte que le rejet qu’aurait dû susciter le nouvel «intrus».


A l’origine, les soulèvements les plus violents contre l’Islam étaient le fait de Koceïla dont les attaches chrétiennes sont bien établies, et par la Kahéna dont les attaches avec le Judaïsme le sont beaucoup moins. Ceci a amené certains historiens, dans le sillage de Ibn Khadoun, à affirmer que la pénétration de l’Islam s’est heurtée prioritairement aux religions déjà établies.


Bien entendu beaucoup d’autres révoltes se sont succédées avant que l’Islam ne soit totalement adopté. Mais quid de la langue arabe ? Deux approches pour tenter d’expliquer son expansion.


D’abord une approche anthropologique suggérant que les structures tribales amazigh de l’époque et leur mode de vie ne permettaient pas l’éclosion d’une langue véhiculaire (évacuant du coup la notion de l’écrit). La culture s’était donc développée dans l’oralité au point que l’alphabet Tifinagh avait presque disparu (pour ne subsister que dans les tribus touareg).


Des faits historiques viennent corroborer cette approche anthropologique. La communication entre Comptoirs ou Cités romaines (Cirta, Cartago, Caesarea, Tinjis, Volubilis et…) se faisait uniquement en latin. P. Vermeren affirme que «la romanisation de l’Afrique du Nord était à la fois linguistique et religieuse. Le Latin s’impose dans les cités puis accompagne la christianisation des populations berbères».


C’est exactement ce qui se passera plus tard avec l’Arabe. Ce fut la langue véhiculaire qui permettait aux tribus parlant des dialectes différents de communiquer dans des cités comme Fès ou Marrakech. Là, la langue répond à un besoin, c’est l’aspect … positif.


La deuxième approche, politique celle-là, est moins « rose ». En effet, P. Vermeren dit : «Minoritaires au sien du monde berbère, les Arabes ont pu, grâce à l’autorité religieuse, accaparer le pouvoir de commandement politique». Il en résultait des situations totalement injustes dans la mesure où des populations entières étaient gouvernées par des personnes qui ne parlaient pas leur langue.


Maintenant qu’il n’y a plus d’Arabes mais que des Marocains, et que tout le monde est musulman, comment expliquer la persistance de ces dissensions à propos de la langue arabe?


Il me semble que ce malaise va perdurer tant que subsistera un Maroc à plusieurs vitesses : il y a une couche « hors norme » qui rejette amazighité, arabité pour se complaire dans son verni occidental, une couche moyenne qui croit que pour garder son statut, elle doit accepter d’être ballotée entre les deux identités culturelles, enfin une dernière couche, celle des laissés pour compte qui est dans l’expectative.


Ce n’est pas tant la langue qui pose problème, le problème au fait réside dans la disparité éhontée qui stratifie notre société en couches qui se tournent le dos au point de ne pas parler la même langue. Beaucoup de pays sont multilingues et vivent en parfaite harmonie. La cohabitation entre les langues passe par une bonne cohésion sociale. Voyez la Suisse : le Tessinois, l’Alémanique ou le Romand sont socialement similaires.


Je terminerai avec cette boutade de Katib Yassine, écrivain algérien amazigh qui a répondu à ceux qui lui reprochaient son attachement à la langue française : «cette langue est un butin de guerre, je ne suis pas prêt à la lâcher».


Idem pour les Imazighens qui ne sont pas prêts à lâcher cette «prise de guerre» qu’est la langue arabe malgré les turpitudes de nos gouvernants qui ne font rien pour résorber la fracture sociale.


Seul le progrès permettra de restaurer la cohésion sociale et partant exonérer l’Arabe de tous les maux qu’on lui attribue.



Abdelahad Idrissi Kaitouni.

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