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Mon blog

La Fête de la Bière !




Les réseaux sociaux se sont fait l’écho de la prochaine organisation d’une fête de la bière à Casablanca. Sans chercher à m’assurer de la vraisemblance de l’information, je me suis jeté goulûment sur les commentaires, car je pensais y trouver de quoi m’amuser. J’étais d’autant plus disposé à en rire, qu’à priori je n’avais pas d’opinion arrêtée. Secrètement je nourrissais cependant l’espoir, qu’à la lecture des commentaires je finirais par m’en faire une.


La lecture des commentaires sur FB est souvent rébarbative surtout quand la majorité est franchement contre. Où allais-je trouver la phrase choc, ou l’argument pouvant surprendre ? J’ai vite fait de ne pas trop m’attarder sur ceux qui mettent en exergue une redoutée agression contre nos valeurs et notre identité, ou ceux qui crient rageusement à l’incompatibilité religieuse, sans toutefois dérouler le moindre argument logique requis dans ce genre de débat.


Pour une fois ma curiosité a pris le dessus sur l’ennui. J’ai fini par trouver une pépite au milieu de très nombreux commentaires orphelins (j’appelle ainsi les commentaires non commentés, sans même un like ou un emoji). Que nous dit-il ?


Notre commentateur émérite prétend être un musulman bon teint, mais ouvert sur son siècle (sic). Il est contre l’organisation d’une fête de la bière à Casablanca et si une fête de la bière doit voir le jour au Maroc, ça doit être au moins de mars et à … Fès. Pour lui, la bonne minéralisation de l’eau de Fès rehausse le goût du houblon et permet de brasser une des meilleures bières au monde (resic).


Notre bon musulman, pour qui les techniques de brasserie ne semblent avoir aucun secret, maintient qu’il faut s’opposer énergiquement à l’organisation de la fête de la bière à Casablanca. Son argument qu’il qualifie d’imparable, se résume à ceci : accepter Casablanca, c’est céder à la mode, et on sait que la mode est quelque chose d’évanescent, c’est aussi céder à la pression commerciale, alors cette dernière peut-être supplantée par une pression plus forte. Alors que le choix de Fès est fondé sur le goût incomparable de la bière, la qualité immuable de l’eau qui en est la base. C’est le meilleur point d’entrée naturelle, pour une fête qui drainera des amateurs, des fans, voire des des connaisseurs et des passionnés. Avec Fès ce n’est ni la mode, ni le commerce, mais la célébration régulière de la qualité et du bon goût. Pour un peu, et notre commentateur iconoclaste allait rendre licite la dégustation par tous les Musulmans de la bière de mars à Fès !


Au détour des nombreux commentaires qui jalonnent ce débat sur une éventuelle fête de la bière, j’ai eu la surprise de croiser les points de vue de deux personnes que je connais très bien dans la vie réelle. L’un et l’autre sont farouchement opposés à l’institution d’une telle fête. Pourtant je sais combien l’un et l’autre ne manquent jamais l’occasion de célébrer Bacchus. Non qu’ils soient des poivrons, loin de là, mais ils ont des rapports privilégiés avec la bouteille dont ils usent avec délectation dans le respect des rituels des Grandes Confréries.


Qu’est-il arrivé à mes amis ? Comment se fait-il qu’ils s’opposent aujourd’hui à la fête de la bière alors qu’à la première occasion, ils iront goulûment descendre un demi-pression ? Sont-ils malades ? L’âge a-t-il fini par les éloigner de leur péché mignon ? Pour en avoir le cœur net, j’ai appelé l’un d’entre eux.


Je prends l’air neutre pour lui demander comment il allait. Réponse un tantinet insolente : « pour un individu de quatre-vingts ans, je me porte comme charme ». Je lui dis combien je suis ravi de le savoir en bonne santé, et je lui propose de nous retrouver autour d’un verre. Toujours avec un brin d’insolence il répond : « je suis toujours partant pour un pot. Alors c’est quand tu veux et où tu veux ».


Là, je change de ton en lui disant : en fait ce que je veux c’est de savoir pourquoi tu te montres aussi hostile à la célébration de la fête de la bière, alors que tu en es un adepte invétéré. Avec un rire sarcastique, il me répond :


« Je comprends maintenant ! Ton appel n’a rien avoir avec l’envie de savoir comment je me porte, mais tu cherches à assouvir ta curiosité pour décoder les raisons de mon hostilité à la mascarade de la fête de la bière. Mon message sur FB ne pouvait être aussi explicite sans heurter les lecteurs. Mais toi, tu peux parfaitement comprendre que c’est une question de culture, ou plus exactement l’absence de la culture du vin au Maroc. Organiser ce genre de manifestation en l’absence d’une relation apaisée avec l’alcool, nous expose à des dérapages qui vont desservir les raisons mêmes de la manifestation. Les conséquences risqueraient d’être désastreuses : non seulement il n’y aura plus de fête, mais la bière pourrait être frappée de prohibition. Je préfère continuer à prendre régulièrement mon petit verre, fut-ce en cachette, que de passer mon temps à chercher comment contourner la prohibition. Pourquoi faire une fête de la bière s’il y a un risque de s’en priver définitivement ? ».


Voilà donc deux avis. L’un émanant d’un prétendu bon Musulman, mais d’une permissivité confondante, l’autre formulé par un fervent de la bouteille qui préfère cultiver la discrétion des instants de dégustation, plutôt que d’appuyer une célébration qui risquerait de le priver de ces instants.


Avis surprenants qui montrent combien la nature humaine est fascinante, car pour peu qu’on creuse, on se trouve ballotté par des idées iconoclastes allant des plus flamboyantes aux plus délirantes.


NB: J’apprends à l’instant que les promoteurs de Fête de la Bière y ont renoncé. Je suis quelque part frustré, car je n’ai pas encore eu le temps de décider … d’être pour ou contre !


Abdelahad Idrissi Kaitouni.













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