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Que nous fais-tu là Monsieur Erdogan ?

Dernière mise à jour : 8 sept. 2020



Il y a deux ans, j’ai publié un article intitulé : le controversé Erdogan (cf le lien : https://bit.ly/308aKSa ). Depuis il a rajouté plusieurs controverses à son palmarès. Sa propension à intervenir hors de ses frontières laisse ses partisans très dubitatifs. Passe encore qu’il intervienne en Syrie, c’est d’une certaine manière de la légitime défense, en somme une forme d’autodéfense. En effet les séparatistes kurdes, en totale collusion avec l’Occident, cherchaient à tirer profit du chaos syrien pour établir des positions à partir desquelles ils mèneront des attaques contre la Turquie.


Tout le monde connaît les liens très étroits entre les Peshmergas et Israël. Ces liens ne sont plus un secret pour personne, mieux ils sont aujourd’hui affichés au grand jour, notamment par Bernard-Henry Lévy qui a réalisé de nombreux reportages et films à partir des tranchées kurdes, tous à la gloire du mouvement séparatiste PKK. Les médias occidentaux ont ajouté plusieurs couches en faisant la part belle aux Kurdes dans les combats contre Daech, allant pour certains jusqu’à clamer que c’est les Kurdes et eux seuls qui ont vaincu l’organisation islamiste. En les habillant de cet aura plus que surfait, il pensent ainsi les rendre intouchables aux yeux de l’opinion publique. Mais Erdogan n’en a cure et n’a pas hésité à braver cette opinion chauffée à blanc par la propagande occidentale. Hormis l’Occident, il savait qu’il bénéficiait de l’appui de son peuple et de la bienveillance des autres pays du monde, souvent admiratifs de voir comment il n’hésite pas à défendre l’intégrité territoriale de son pays.


Autant l’intervention en Syrie pourrait s’expliquer, autant ce que Erdogan fait en Libye passe plutôt mal. Certes ce pays dévasté par la guerre civile, est devenu malgré lui l’objet de convoitises de toutes les puissances, grandes et petites. Les luttes d’influence se jouent à travers des forces locales qui acceptent de s’inféoder à tel ou tel courant. Les alliances se font et se défont au gré des humeurs des commanditaires. Mais de là à engager l’armée c’est un grand risque que la Turquie semble avoir franchi.


Les inconditionnels d’Erdogan craignent que la Libye ne devienne un bourbier où l’armée turque risque de s’enliser. L’Occident qui a tenté de faire disparaître Erdogan une première fois lors du coup d’état avorté de juillet 2016, aura l’occasion de se rattraper cette fois-ci en l’enfonçant dans le bourbier libyen.


Quel dommage que le bel essor que connaît la Turquie actuellement soit interrompu par l’aventurisme hors frontières ! Quel dommage aussi que la Turquie soit en train de manquer l’occasion d’asséner à l’Occident moralisateur, l’exemplarité d’un rayonnement par le développement et non par la canonnière ! La Turquie est musulmane et doit à l’Islam de le représenter avec une image dépouillée de toutes les scories d’un présent peu reluisant. Reproduire les pratiques occidentales basées sur la force éloignera la Turquie et l’Islam de tout espoir de renouveau !


Le rayonnement de la Turquie nécessite un rapport des plus apaisés avec son propre passé et avec l’Histoire d’une manière générale. Toutefois principe ne semble pas résister à la mégalomanie d’Erdogan qui a décrété la transformation de l’église Sainte Sophie en mosquée. Quand bien même politiquement cette décision n’est pas condamnable, il n’en demeure pas moins qu’elle est déconcertante, voire déplorable d’un point de vu à la fois tactique et stratégique.


Avec une telle décision la Turquie semble rompre avec une part de l’universalisme de sa civilisation. Qu’elle se soit appelée Byzance, Constantinople ou Istanbul, la grande métropole turque a toujours été et reste encore le creuset de cultures, civilisations et croyances les plus variées. Elle a été successivement grecque, romaine et musulmane, sans renier l’héritage de l’une ou l’autre de ces époques. Elle a tout intégré pour façonner un havre de paix pour de très nombreuses minorités. Faut-il rappeler à cet effet que Istanbul demeure encore , à ce jour le siège du patriarcat de très nombreuses chapelles qui n’existent plus qu’en Turquie. C’est un fait unique qui témoigne d’une grande tolérance à l’égard de toutes les croyances.


La coexistence de minorités et de croyances très diverses est bien le signe de l’universalité de la civilisation turque. La décision d’Erdogan est de nature à briser cette universalité et à ternir l’image de la Turquie.


Tout cela pour quel résultat ? Satisfaire quelques instincts primaires de ceux veulent en découdre avec l’Occident ? Caresser dans le sens du poil un islamisme à bout de souffle qui semble se contenter de ce butin de guerre que représente la transformation de l’église Sainte Sophie en mosquée ? Tout cela est désuet face à l’image écornée du pays.


Tout cela, non plus, ne peut échapper à la sagacité de Erdogan. Comment ce politique qui a donné, tout au long de sa carrière, la preuve d’un art consommé dans l’exercice du pouvoir se laisse-t-il aller vers des décisions contre- productives ? Pour comprendre un homme, on commence par s’interroger sur sa ou ses obsessions. Dans le cas Erdogan ses tourments s’appellent : la Convention de Lausanne et Mustapha Ataturk.


Rares sont les observateurs qui font cette relation. Cependant tout dans les actes du Président turc sont des tentatives pour s’affranchir du carcan de la Convention et de l’image du «père » de la Turquie moderne. La Convention de Lausanne, signée en 1923, a enferré le pays et a limité ses marges de manœuvre. Il est vrai que Erdogan n’a pas attendu le terme de la Convention pour reprendre ses libertés. Que nous réserve-t-il à l’échéance ? Saura-t-il faire bon usage de la liberté retrouvée, de l’absence de toute contrainte ? Va-t-il plutôt ériger la provocation en système de gouvernement ? Le sens de l’histoire exige qu’il prenne de la hauteur et renonce à l’esprit revanchard.


L’autre obsession d’Erdogan c’est l’appellation de Ataturk attribuée à Mustapha Kamal par l’opinion turque traumatisée qu’elle était par la défaite. Il a bénéficié de la mansuétude du peuple tout entier pour avoir su gérer la capitulation en 1920 comme Pétain en a bénéficié en France en 1940. Il avait profité pour moderniser le pays, notamment avec l’institualisation de la laïcité.


Mais une capitulation reste une capitulation et quels que soient les bénéfices engrangés, elle ressurgit d’une manière pesante avec le temps.


Alors que Ataturk continue à avoir une immense popularité en dehors de la Turquie, son image , à tort ou à raison, paraît de plus en plus écornée dans son pays. Difficile d’imaginer que certaines de ses décisions visaient à effacer l’identité turque sans contextualiser chacune de ses décisions. Pourtant l’islamisme conquérant n’hésite pas à remonter tout forme d’inféodation à l’Occident à l’époque d’Ataturk.


La désacralisation du père présumé de la Turquie moderne n’est pas pour déplaire à Erdogan qui ne partage nullement l’idéologie de son illustre prédécesseur. Le supplanter dans le cœur des Turcs est un rêve parfaitement envisageable, si et seulement si Erdogan arrive à capitaliser sur les succès économiques et renonce à tout activisme dicté par la volonté de revanche. Il doit non seulement éviter tout ce qui est de nature à entraver l’essor de la Turquie, mais veiller à relever les valeurs du pays pour que l’universalisme devienne le principe cardinal du renouveau turc.


Plus la peine alors M Erdogan de courir derrière le titre de Ataturk, car en cessant vos multiples controverses, vous gagnerez le titre, tout aussi prestigieux de celui de père du miracle turc.


Abdelahad Idrissi Kaitouni

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