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Mont Tropic, ou tropisme des Marocains.



En bons Musulmans, les Marocains se projettent dans l’avenir le plus lointain possible, plus lointain que leur fin de vie. Ils se privent de vivre pleinement leur vie ici-bas, pour se garantir le Nirvâna dans l’au-delà. Ainsi par exemple, s’interdisent-ils de se saouler car ils vont pouvoir patauger dans des fleuves d’alcool au Paradis. Autre exemple, la sexualité se réduit pour eux aux seuls actes de reproduction, puisqu’ils se réservent les joies du sexe avec les Houries qui peupleront leur éternité.


Il suffit de se pencher sur la maussaderie de notre vie pour comprendre à quel point notre crédulité, pour un si lointain devenir, est sans limite. On est saisi d’admiration devant le phénoménal pouvoir de persuasion de ces doctes personnages qui racontent avec luxe-détails ce que sera notre vie après. À croire qu’ils ne cessent de faire des va-et-vient entre le Ciel et la Terre. À les croire encore, nous n’avons aucun avenir sur Terre, notre seul avenir se nomme Paradis !


Obnubilés par cette perspective enchanteresse, mes compatriotes, par piété ou par naïveté rêvent continuellement du Paradis. S’ils parlaient tous français, ils entonneraient la chanson qui dit : «on ira tous au Paradis, qu’on soit béni ou qu’on soit maudit». Cette aspiration, à la fois légitime et sympathique, accouche de rêves tellement prégnants qu’ils voient dans toutes promesses d’un avenir meilleur, un pan du Paradis, mais sur…Terre.


L’engouement immodéré de mes compatriotes pour le Mont Tropic s’inscrit parfaitement dans la promesse d’un bel avenir qui résulterait de l’exploitation future de ce volcan englouti dans l’océan. Je m’excuse auprès des Croyants pour cette longue digression sur le Paradis qui est une perspective lointaine , insaisissable. La comparaison me paraît appropriée car on s’inscrit dans des délais toujours très éloignés. Nos arrières-petits enfants qui en bénéficieraient probablement ne sont pas encore nés, et nous autres, nous emporterons dans nos tombes le rêve du Mont Tropic, comme d’autres emportent le rêve de Paradis.


J’arrête là mes digressions, pour affirmer que le Mont Tropic n’est pas une lubie, mais une bien belle réalité physique. Toutefois je ne m’associe pas à l’enthousiasme de tous ceux qui imaginent l’exploitation de ses ressources dans un avenir prévisible. Outre le fait que notre connaissance, toute récente, de cette montagne sous-marine est encore parcellaire, trop de fausses informations circulent et nourrissent les phantasmes de ceux qui sont prompts à rêver de Paradis. Un réflexe simple, insensé condamnant mes compatriotes au tropisme !

Les phantasmes sont d’autant plus prégnants qu’ils se parent de richesses inestimables. On promet des teneurs en toluène à peine imaginables alors qu’aucun prélèvement sérieux n’est venu l’attester. Le Mont Tropic appartient à un chapelet de volcans dont certains ont donné naissance aux îles Canaries. S’agissant des mêmes formations géologiques, on devrait s’attendre à trouver des gisements analogues à Fuerteventura, Lanzarote, La Gomera ou Tenerife etc…


Pour faire plus impressionnant, on ajoute une notion mystère de Terres Rares. Or ces terres n’ont de rares que le nom. Tous les éléments chimiques réunis sous ce vocable existent un peu partout dans le monde. On avance que la Chine recèle près de 40% de ces éléments. Rien n’est plus faux ! Cependant la Chine extrait bel et bien dans les 40% de la production mondiale annuelle. Son système politique lui permet de le faire au mépris des coûts sociaux et surtout écologiques. Aucun contre-pouvoir pour bloquer les désastres écologiques résultant de cette exploitation frénétique. L’essentiel pour la Chine est de continuer à approvisionner ses usines en Terres Rares pour rester le lieu de prédilection pour la fabrication de la haute technologie.


Face à l’écologie, la Chine est dans la même logique que l’autre grand pollueur, les États Unis. En très peu de temps, les Américains sont passés d’importateur net de pétrole, à exportateur net. Ils leur a fallu juste autoriser l’exploitation des gisements de schistes pour que leur production de pétrole décuple.


Un bras d’honneur à l’écologie accompagne cet affront méprisant pour la Planète ! A un moment où l’eau devient une ressource rare et précieuse, l’Amérique n’a pas hésité à polluer et même détruire des milliers de nappes phréatiques. Si on doit tenir compte du coût écologique de l’extraction du pétrole de schistes, le prix du baril devrait se situer autour des 500 $?


Revenons à notre Mont Tropic et gageons que nous ne serons pas en mesure, dans un avenir prévisible d’envisager l’exploitation de ces gisements. Le coût social et écologique est juste aberrant. Qui s’aviserait à faire la courte échelle aux puissants de ce monde pour leur offrir en pâture notre littoral. Quand bien même l’appât du gain pousserait des responsables à de telles extrémités, on ne trouvera pas de candidat-partenaire pour participer dans une aventure aussi risquée pour la Planète.


Pour tous ceux qui sont devenus de talentueux géopolitiques par la grâce de FaceBook, faut-il leur rappeler que dans les alliances qu’ils font ou défont au hasard de l’actualité, aucun partenaire ne prend en compte l’histoire du Mont Tropic. Autrement dit, aucune de nos relations avec des pays tiers n’est fondée sur ce tropisme. Les Américains ne nous offrent pas leur alliance à cause de ce volcan. C’est également de la Grande Bretagne, d’Israël, et de potentiels alliés. Même des pays comme l’Allemagne, qui semble s’inscrire dans une sorte de défiance à l’égard du Maroc, ne croit pas un instant à cette illusion que seuls les Marocains s’évertuent à entretenir.


Cette chimère nous colle trop à la peau et nous sommes les seuls à y croire. Il est temps que ceux qui assènent régulièrement des cours de géostratégies à leurs amis virtuels, reviennent de leur tropisme pour déconstruire certaines alliances et en reconstruisent de nouvelles sur d’autres bases que le Mont Tropic.


Abdelahad Idrissi Kaitouni.

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