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Mon blog

Match fictif où la victoire revient à notre histoire et notre culture.



J’apprécie beaucoup les posts de l’excellent Jawad Boumehdi. Je me retrouve souvent dans ses écrits. Cela ne peut être une affaire de génération car plus d’un quart de siècle nous sépare. Il doit y avoir quelque chose de bien plus subtile, comme une proximité culturelle assez forte. Cet ami virtuel, qu’il me tarde de croiser dans la vie réelle, me paraît à travers ses écrits, receler beaucoup de qualités sans rapport avec la question générationnelle.


Sa manière d’administrer certains groupes de discussions est très avenante. On voit qu’il applique à la lettre la notion de modérateur, laissant s’exprimer toutes les opinions, y compris celles qu’il ne partage pas. Cela trahit son fort attachement à la liberté d’expression, ce qui est loin d’être le cas de certains administrateurs qui n’hésitent pas à menacer d’excommunier ceux des membres du groupe qui ne rentrent pas dans les clous.


La mansuétude dont fait preuve Jawad Boumehdi pour modérer les groupes, dénote qu’il a des idées bien trempées, bien affirmées. Il n’a aucun mal à laisser s’exprimer des idées antinomiques. Surtout pas les censurer ! Sa méthode magique c’est de publier naturellement, sans que cela paraisse comme une réponse aux inepties des autres, un article pour réaffirmer ses propres idées.


Je me garderai de faire des commentaires sur le contenu de ses posts, si c’est juste pour répéter à satiété que je suis d’accord avec lui. Ce monsieur, serait-il à ce point parfait ? Je ne connais que ses idées et elles me conviennent parfaitement. En dire plus, ce serait tomber dans le panégyrique que par modestie il rejettera. Tachons alors de trouver la faille. Quand on déroule des qualités, on finit toujours par conclure par un «mais…».


En me creusant les méninges j’ai cru avoir trouvé le «mais». Jawad Boumehdi nous a habitué à un langage lisse, «mais» quelle mouche l’a piqué de partager un texte de Kamal Daoud, et où ce dernier peine à masquer ses outrances couturières. Cela ne ressemble guère à notre Jawad !


Pour ma part, je prends avec des pincettes les propos de M. Kamal Daoud et ce, pour les raisons que j’ai développées maintes fois. Au risque de me répéter, je reconnais que c’est une des plus fines plume du journalisme français actuel. Il a un art consommé de savoir appuyer là où ça fait mal.


On ne saurait lui faire reproche d’avoir une dent acérée contre l’Islam car il porte en lui les stigmates de la violence dont il avait été témoin pendant sa jeunesse lors de la décennie noire en Algérie.


Ses textes, pour admirables qu’ils sont, n’ont aucune profondeur anthropologique, historique, sociologique… J’ai peine à croire qu’un esprit aussi brillant se montre aussi féroce juste pour assouvir une sorte de vengeance à cause de ce qu’on lui a fait vivre sous le couvert de l’Islam. Son style inimitable lui permet d’habiller de haine des pratiques et des situations souvent vraies. Un relent d’intolérance qui ne sied pas au personnage talentueux, et qui interroge sur ses véritables motivations. C’est une personne dont je n’aurais jamais voulu douter, mais force est donnée de constater qu’il a un côté obsessionnel qui s’explique sûrement, mais qu’on ne saurait avaliser.


Donner systématiquement en pâture son identité obéirait à des desseins que je n’oserai pas lui prêter.


Car nous sommes nombreux ici au Maroc à critiquer avec une extrême virulence certaines pratiques musulmanes ou prétendument telles, sans toutefois chercher à faire douter nos compatriotes de leur identité. Une attitude qui ne relève aucunement de la mansuétude, mais qui semble plutôt obéir à une profondeur culturelle qui instinctivement nous éloigne du point de non-retour. La déroute récente du PJD lors des dernières élections prouve, s’il en était besoin, que l’approche de l’intelligentsia marocaine s’avère très payante. Elle assume pleinement son ambivalence culturelle qui l’empêche de verser systématiquement dans l’anathème gratuit qui est juste vexatoire. Elle mène un combat sans concession contre l’islamisme sans jamais insulter la Foi du Musulman.


Ce n’est pas le choix de K. Daoud qui donne l’impression de vouloir en découdre, car apparemment c’est un problème personnel. Son art consommé des mots nous amène à douter de nous-mêmes, pire à regretter d’être né Musulman, en somme à avoir honte de nous-mêmes. Comme auxiliaire de Zemmour on ne peut pas faire mieux !


Son talent d’écrivain et son vécu qui fait de lui le témoin d’une époque, expliquent sa notoriété. Une notoriété qui a pris une grande ampleur du fait de la convergence de ses idées avec la ligne éditoriale des médias mainstream.


Un convergence naturelle, spontanée ou une convergence recherchée ? Je préfère ne pas connaître la réponse ! Les propos de K. Daoud ont beau être dérangeant pour certaines, il ne le sont pas plus que ceux des multiples chroniqueurs des médias français.


Le plus ennuyant c’est l’influence qu’il a pu avoir, ou qu’il peut avoir sur une minorité d’intellectuels marocains, particulièrement ceux qui sont ballottés entre une identité qu’ils ont peine à quitter, et une identité à laquelle ils aspirent et qui semble se dérober à eux. Alors, pour donner le change, ils s’érigent en mercenaires de l’écrit fustigeant d’une manière outrancière tout ce qui a un lien avec l’Islam. Une méthode qui malheureusement donne le contraire du résultat escompté.


J. Boumehdi et K. Daoud ont, à un an près, le même âge. Il ne s’agit pas pour moi de comparer les deux personnages, car ils n’ont pas eu, bien entendu, le même parcours personnel. Énormément de choses les différencient. Cependant sur les cinquante ans de leur vie, ils ont pu s’abreuver à peu près aux mêmes sources d’informations, vibrer avec la même émotion, je suppose, aux principaux événements mondiaux, et enfin brasser avec la même curiosité les grandes idées qui ont jalonné le demi-siècle.


Tout cela est sensé les rapprocher, peut-être même créer quelques convergences d’idées. Mais dans la manière de formuler ces idées, la convergence finit parfois par s’estomper. En effet face à une expression pleine d’amertume nourrie par un vécu douloureux, et une expression qui puise sa sérénité dans un puissant fond culturel, on a l’impression d’être aux antipodes, alors qu’au fond ce n’est probablement pas le cas.


Dans ce match insolite et fictif que je fais livrer à ces deux personnages que j’admire par ailleurs, j’avoue avoir une réelle tendresse pour notre Jawad Boumehdi national pour tout ce qu’il me fait ressentir, sans pour autant éprouver la moindre détestation pour Kamel Daoud que je considère comme un grand écrivain.


Abdelahad Idrissi Kaitouni.

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