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Le boycott, nouvelle culture ?




Le boycott actuel de certains produits est quelque chose de nouveau dans la société marocaine. Comme tout phénomène nouveau, il y a lieu d’en faire une analyse sereine et sans parti pris. Chacun y va de son propre avis pour théoriser le phénomène.


1°/ Sur le principe même, on voit circuler un nouvel adage: « mieux vaut boycotter que manifester ». Ceux qui avancent cet argument soutiennent qu’une manifestation comporte un risque de dérapage. De plus une manifestation est limitée dans le temps, ce qui ne permet guère d’en mesurer l’impact. Par contre le boycott laisse à chaque partie l’occasion de mesurer la capacité de résistance de la partie antagoniste.


J’avoue que je suis tenté d’adhérer à cette théorie qui rend plus sophistiquées et plus softs les confrontations sociales. Nombreux sont les Marocains qui y voient un progrès indéniable.



2°/ Qu’en est-il de l’objet du boycott ? Là par contre les avis sont très partagés. Certains ne sont pas à l’aise du fait qu’on boycotte une marque plutôt qu’un produit. Focaliser sur une marque donne l’impression d’avantager les marques concurrentes, alors que le différentiel de prix entre elles est insignifiant.


D’autres regrettent les incidences du boycott sur des populations déjà déshéritées, notamment les paysans dont les revenus se réduisent souvent à la seule vente de leur lait.



3°/ Qu’en est-il enfin de la raison principale avancée par les boycotteurs : la cherté des produits incriminés ? Les études les plus sérieuses publiées sur les réseaux sociaux sont accablantes. La structure des prix affichés par une société mise en cause ne résiste pas à l’analyse. Comment peut-on admettre que la marge brute sur une bouteille d’eau minérale de 1,5 litre soit de 0,50 DH, alors qu’une bouteille équivalente est vendue autour de 0,30 € en Espagne ? Que dire aussi du litre de lait qui coûte, à quelque chose près le même prix qu’en Europe ?


Enfin on peut épiloguer aussi sur les fluctuations du cours du baril de pétrole, mais on feint d’oublier que c’est la seule variable véritable de la structure des prix des carburants. En aucun cas la marge ne doit être une variable d’ajustement pour amener le prix à la pompe à la limite tolérée et tolérable par le consommateur.


Certes, le Maroc est un pays libéral où la liberté du commerce est la règle. La fixation des prix fait partie de cette liberté. Peut-on toutefois laisser cette liberté débridée menacer les équilibres sociaux ? La régulation du marché fait partie du pouvoir régalien de l’Etat. Mais apparemment rien ne semble indiquer que les pouvoirs publics cherchent à exercer pleinement ce pouvoir. Ils prennent de ce fait le risque de laisser s’éroder le peu de ce qui reste de la classe moyenne, aggravant du coup les disparités sociales.


Est-ce la mauvaise gouvernance, ou tout simplement l’absence de gouvernance qui conduit l’Etat à fermer les yeux sur les augmentations de prix ? On est tenté d’affirmer que c’est délibéré, car plus les prix sont élevés, plus il collectera d’impôts au titre de la TVA ou de l’IS.



4°/ Ce texte serait incomplet si on ne mentionne pas que beaucoup de ceux qui adhèrent au boycott le font pour marquer leur opposition, ou des fois le rejet de certaines « vedettes » de l’espace politico-économique, comme Aziz Akhanouch ou Mériem Bensalah. Parmi eux, nombreux sont militants ou sympathisants du PJD. Leur attitude est perçue comme une vengeance envers un homme qui serait à l’origine de la déconfiture de leur parti.


Les luttes politiques sont jalonnées d’actes de malveillance. Pour parer à ces actes, il eût fallu avoir une bonne dose de finesse et de courage. Apparemment M. Akhanouch, bien que se sachant très exposé, a continué son bonhomme de chemin sans se soucier des incidences de ses actes politiques et/ou économiques.


Le temps est révolu où argent et politique faisaient bon ménage. On a vu où cela a conduit un homme aussi puissant que Berlusconi. Quant à Sarkozy, il y a laissé sa réélection et continue à traîner des casseroles qui pourraient lui coûter très chères.



En conclusion, avec ce boycott, le Maroc rentre de plain-pied dans une nouvelle culture des rapports sociaux. Comme tout médicament comporte des effets secondaires plus ou moins nocifs, un usage abusif du boycott pourrait conduire à l’effet inverse du but visé. Les luttes qui aboutissent sont celles qui sont menées avec doigté et intelligence avec des objectifs identifiés préalablement. Il en va de même pour le boycott.



Abdelahad Idrissi Kaitouni.

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