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La mort cérébrale de la nuance.

Dernière mise à jour : 15 janv.




Préambule

 

On trouvera ci-dessous une chronique, intitulée « La mort cérébrale de la nuance », publiée dans les médias québéquois, par mon fils Salim (38 ans). Juste après, vous trouverez le commentaire que m’a inspiré ce texte. Si je tenais à rendre public ce débat père-fils, c’est pour montrer que la nuance est indispensable pour atténuer un tant soit peu la violence des conflits de générations.


Il est naturel que des générations successives ne soient pas au diapason l’une de l’autre. Chacune a un vécu qui lui est spécifique, car elle est amenée par la force des choses à adopter, assimiler et enregistrer tous les changements qui surviennent dans la société.


La force de la nuance, d’autres diraient la beauté de la nuance, est d’accompagner intellectuellement ces changements pour les rendre acceptables même quand ils ne couvrent pas l’intégralité des attentes.


Mon fils et moi ne sommes pas dans une symbiose parfaite, mais avec de bonnes doses de nuances, la sérénité est de mise, et les rapports générationnels très apaisés.

 


 

La mort cérébrale de la nuance









11 NOV. 2023


Il est couramment admis que la santé démocratique d’une société se mesure à sa capacité de débattre sereinement. En cette ère dominée par la communication instantanée et un accès sans précédent à l'information, il faudrait se réjouir de la diversité des opinions et de la multiplicité des points de vue. Pourtant, le débat public et politique semble avoir pris la direction alarmante de la polarisation extrême, soulevant la question : où est donc passée la nuance dans le dialogue démocratique ?

 

La capacité d’apprécier les différents éléments d’une discussion est devenue rare, bien qu’il soit convenu qu’ils ne sont jamais totalement noirs ou blancs. C’est comme si la nuance avait été reléguée au rang de relique d'un passé où le temps de la réflexion et de la pondération des idées était un luxe.


En effet, la nuance semble avoir été écrasée sous le poids des slogans politiques, des tweets impulsifs et des débats télévisés où le temps de parole privilégie les «clips» et les réparties mordantes au détriment d’analyses profondes.


Bombardé par des informations partielles, voire partiales, le public est souvent noyé dans un océan de simplifications extrêmes, de raccourcis intellectuels, où les réalités complexes se transforment en stéréotypes faciles à consommer. Cela conduit à enfermer les individus dans des catégories de pensée rigides et à déterminer leur appartenance à des camps, ce qui finit par les diviser sur la base de différences qui sont, bien souvent, mineures.


Dans ce contexte, le modéré, celui qui pèse ses mots et cherche à comprendre avant de juger, fini par se retrouver dans des positions inconfortables. Il devient rapidement inaudible dans le concert des extrêmes. Pourtant, la démocratie s'enracine dans les échanges, dans la confrontation d’idées et, surtout, dans la capacité à discuter de manière constructive. La question qui s’impose est alors : peut-on encore soutenir ou rejeter une idée tout en gardant une approche nuancée?


La réponse devrait être un oui retentissant, mais la réalité du débat public et politique semble indiquer le contraire. 


En effet, les gens sont trop souvent contraints d’adopter des positions tranchées, non pas parce qu'elles reflètent précisément la complexité de leur pensée, mais par crainte d'être associés à celles d’un autre camp. Le compromis ou la simple reconnaissance de la validité partielle du raisonnement adverse est souvent perçu comme une faiblesse, voire une trahison.


Reconnaître qu'entre le blanc immaculé et le noir abyssal, il existe une vaste gamme de gris, requiert du courage dans un monde où la nuance est souvent perçue comme de l'indécision et un manque de conviction. Pourtant, c'est dans les nuances que résident les subtilités et les complexités de la réalité. Les ignorer revient à négliger des perspectives qui pourraient mener au bon sens, à l’équilibre et au consensus, éléments essentiels au progrès de la société.


L'impact de cette polarisation sur la santé démocratique est considérable, créant un climat politique malsain, empreint de méfiance et rendant la collaboration transpartisane, nécessaire à l'unité d'une société, presque utopique. Lorsque la nuance disparaît du discours, c'est aussi la classe politique qui s'appauvrit, car celle-ci se nourrit de la diversité des opinions et de la capacité de ceux qui la compose à évoluer et à s'adapter en fonction d’arguments raisonnés.


Le débat public et politique a désespérément besoin de revaloriser la nuance. Sans elle, il n’est pas exagéré de croire à la fragmentation lente de la société et à l’érosion des libertés. Il est donc crucial de promouvoir une culture du débat qui honore la complexité des sujets abordés et dans laquelle la modération ne serait pas assimilée à une faiblesse de conviction.


La réintroduction de la nuance dans le discours public est un défi qui exige une révolution dans la manière dont l'information est traitée par les médias et consommée par les citoyens. Cette transformation concerne aussi la manière dont les politiciens communiquent avec le public, notamment en délaissant les positions simplistes et populistes au profit d'une expression courageuse et sans faux-fuyants de leurs convictions profondes. Cette tâche est ardue mais elle est essentielle pour la santé démocratique.




Commentaire du père 

 

Article à tout point de vue fabuleux. En célébrant la mort cérébrale ou la mort tout court de la nuance, l’Occident déserte le navire amiral Démocratie. Il lui préfère les porte-avions et les sous-marins nucléaires pour précisément s’exonérer de toute nuance.


Ton cri de cœur pour la nuance, cette porte essentielle pour toute vie policée faite à la fois d’intelligence et d’humanité, aura-t-il un écho, ou restera-t-il inaudible puisque la nuance est déjà bannie en Occident ? S’agissant d’une mort cérébrale, la résurrection de la nuance paraît bien compromise et ce, malgré les tragédies semées un peu partout qui normalement devaient  incliner  à davantage de modération en vue d’éventuelles sorties de crises. 


Ton écrit prouve que la nuance est toujours vivante en toi. Très judicieusement tu déplores que la nuance continue à être occultée dans tous les débats. À croire que c’est devenu un mode de comportement standardisé.


En lisant entre les lignes je n’ai pu m’empêcher de chercher à introduire une…nuance à cette question de nuance. Celle qui mettrait en exergue le lien étroit en la puissance et la nuance. La première ne s’embarrasse guère de la seconde, et quand un puissant accepte de nuancer, c’est par … magnanimité et non un pré requis à la richesse du débat ou une concession à l’intelligence.


Oui, la puissance tue la nuance ! On le voit régulièrement dans les tragédies que vit le monde depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Dans tous les conflits où les rapports de force sont disproportionnés, il est indécent, peut-être même interdit d’introduire la moindre nuance. Donc ma référence à l’Occident n’est pas abusive. Il est le seul à disposer d’une puissance qui le dispense d’accepter la moindre nuance.

 

En filigrane ton écrit suggère qu’il pourrait y avoir un lien entre le terrorisme et l’absence de nuance. Le mot, certes n’apparaît pas dans ton texte, mais je n’ai pu m’empêcher d’imaginer que préalablement à toute violence, il y a abandon total de toute nuance.


Si puissance et nuance sont antinomiques, je ne suis pas loin d’imaginer que l’extrême faiblesse n’arrive pas non plus à s’accommoder de la nuance. Prosaïquement disons que si les puissants, en toute conscience, bafouent la nuance, les faibles, écrasés par leur précarité rejettent à leur tour la nuance pour passer à des actes extrêmes.

 

Le monde n’est pas prêt à retrouver de la sérénité en l’absence de cet ingrédient indispensable qu’est la nuance. Mais c’est le retour à ce sentiment d’humanité, mélange d’empathie, de respect, de dignité, qui permettra un jour le retour de la nuance entre les gens.


En attendant on ne peut que déplorer chez l’Occident son déni de l’humain qui a été son crédo des siècles durant.

 


Abdelahad Idrissi Kaitouni

















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