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L’Afrique, pilule amère ?




Le sommet de l’UE du 28 et 29 Juin dernier est sorti avec des résolutions qui vont poser un véritable problème existentiel pour un pays comme le Maroc. En effet les 28 (le Royaume Uni était également de la fête) ont décidé d’implanter des « plateformes » pour parquer tous les demandeurs d’asile dans des pays du sud de la Méditerranée et plus particulièrement au Maroc, un pays disposant d’une excellente police qui jouera les supplétifs pour la protection des frontières européennes.


Le Maroc se trouvant du fait de la géographie sur le chemin de l’Europe, subit déjà de plein fouet les effets pervers de la question migratoire. Qu’en sera-t-il s’il doit devenir le passage obligé des migrants ? Dans sa générosité l’UE va nous saupoudrer avec quelques milliards, assez pour dorer la pilule qui va briser notre cohésion sociale.


Pourquoi l’Europe a-t-elle pris des décisions de nature à déstabiliser d’une manière permanente le Sud de la Méditerranée ? Plusieurs grilles de lecture s’offrent à nous pour se l’expliquer. J’écarte d’emblée la « thèse complotiste » qui dit que l’Europe veut évacuer le problème migratoire pour mieux étouffer les musulmans de la rive Sud de la Méditerranée. Cette thèse ne résiste pas à l’analyse car l’effondrement de l’Afrique du Nord va amplifier le phénomène migratoire dans des proportions considérables.


La presse internationale donne cependant une lecture plus soft en expliquant que la nouvelle politique migratoire est le résultat de l’arrivée au pouvoir de gouvernements populistes et d’extrême droite. Certains gouvernants font valoir des arguments comme l’incapacité de leur économie à absorber de nouveaux migrants, d’autres plus directs, craignent pour la cohésion de leur société menacée par des flux massifs de migrants. Les rares pays qui, comme l’Allemagne continuent à voir dans l’immigration un moyen de rééquilibrer le déficit démographique, sont devenus inaudibles.


Pour ma part je crois que c’est la sortie concomitante de plusieurs rapports sur l’Afrique qui a déclenché l’hystérie anti migrants en Europe. Émanant d’institutions aussi prestigieuses que la Banque Mondiale, la BAD, la CNUCED, OMD (Objectifs du Millenium pour le Développement) ces rapports s’accordent sur le fait que la démographie en Afrique est une bombe à retardement qui menace la planète entière.


La population y croît au rythme de 3,5 à 4%, soit un doublement tous les vingt ans. Pour maintenir le niveau de vie des Africains sans la moindre amélioration, il faut un taux de croissance de l’économie de 7 à 8%. Lors des deux dernières décennies la moyenne enregistrée est de 4%, soit un gap de 3 à 4% chaque années.


Ce gap, en taux cumulé conduit au triste constat que le doublement de la population s’accompagne systématiquement d’une réduction de moitié du niveau de vie de l’Africain. Cette paupérisation massive et inexorable est le plus puissant carburant des flux migratoires.


L’Occident et l’Europe en particulier sont impuissants à endiguer le phénomène et se contentent d’apporter des remèdes aux effets, mais pas aux causes. Jusqu’à quand vont-ils laisser se développer les métastases de ce redoutable mal endémique ? Sur 2000 milliards de Dollars d’IDE (Investissements Directs Étrangers) dans le monde, l’Afrique n’a reçu en 2017 que 60, soit un peu plus de 3% pour une population qui représente en pourcentage 5 fois plus. Singapour par exemple (6 millions d’habitants soit 0,5% de l’Afrique) en a recueilli autant, ou comme l’Irlande (5 millions d’habitants) qui a collecté près de 80 milliards de $ d’IDE.


De plus sur les 60 milliards collectés par l’Afrique, plus des 2/3 sont allés à l’Afrique du Sud, l’Egypte, le Maroc et les pays pétroliers. C’est dire toute la tragédie dans laquelle l’Afrique profonde est plongée.


Que penser du Maroc, ce téméraire petit poucet qui s’imagine pouvoir mener une grande politique africaine, là où des pays autrement plus puissants se sont cassées les dents ? Ceux qui sont allés murmurer au creux de l’oreille qu’on n’a qu’à envoyer nos grandes sociétés pour engranger des profits juteux, feignent d’ignorer qu’il n’y a pas de profit sans contrepartie.


Quelle contrepartie devons-nous donner aux grands de ce monde pour nous laisser jouer dans leur cour ? Qu’allons-nous concéder aux Africains pour qu’ils nous ouvrent largement leurs marchés ?


Le schéma qui semble se dessiner n’a rien d’attractif pour le Maroc réduit à jouer la salle d’attente pour ne pas dire le purgatoire des candidats à l’immigration. L’adhésion à la CDEAO, suppose la libre circulation des hommes, autrement dit la liberté pour une partie des 350 millions vivants dans cet ensemble de s’établir chez nous.


Ceux qui ne font miroiter que les profits à court terme, doivent mettre du bémol à leurs prétentions carriéristes et accepter que l’avenir se construit sur du long terme.


En invitant à réduire la voilure de nos ambitions africaines, on ne doit pas pour autant renoncer à notre rêve pour l’Afrique. Pas l’Afrique malade d’aujourd’hui, écrasée par la démographie et la pauvreté. Mais une Afrique redevenue le centre d’intérêt de la planète qui aura compris que sans la bonne santé de ce continent, le monde sera invivable. C’est à ce moment et à ce moment là que le Maroc devra prendre sa place pleine et entière dans l’édification de la nouvelle Afrique.


En attendant, le Maroc doit joindre sa voix à tous ceux qui réclament un gigantesque plan Marshall de 2 000 à 2 500 milliards de dollars sur 10 ans pour sauver l’Afrique. Le prix à payer pour que la planète respire à nouveau.


Et le Maroc avec !



Abdelahad Idrissi Kaitouni.

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