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Mon blog

Il est peut-être temps de reparler du Modèle de Développement !



Beaucoup de malades, parfois de grands malades avec de lourdes pathologies, semblent «profiter » de la crise sanitaire pour renoncer à se soigner sérieusement. Ils ne consultent plus et diffèrent leurs traitements. Attitude incompréhensible car mortifère, mais attitude réelle confirmée par tous les médecins.


Notre pays, malade lui aussi, semble à son tour se dérober aux soins multiformes nécessités par les nombreux maux dont il pâtit. Je n’en retiendrai ici qu’un seul, diagnostiqué depuis plusieurs années par le Roi en personne : la nécessité d’accoucher d’un modèle de développement économique. Est-ce la crise sanitaire qui a renvoyé aux calendes grecques cet accouchement qu’on souhaitait urgemment ?


Quelques mois avant le confinement, la Commission de M. Benmoussa s’était engagée dans le travail en se pressant très, très lentement. En effet, elle a perdu un temps précieux à consulter de nombreuses personnes dont, manifestement certaines ne pouvait être d’aucune utilité. Démocratie oblige m’a-t-on dit ! Mais l’efficacité et le sérieux obligent aussi.


Toute situation exceptionnelle finit toujours par engendrer des opportunités exceptionnelles.La plus grande des opportunités est de pouvoir intégrer tous les enseignements que la pandémie a révélé sur l’ensemble des fragilités de notre société. Oui, la crise sanitaire a été un puissant révélateur de tout ce qui fait crise chez nous. Désormais nous ne devons plus parler de modèle de développement économique, mais de modèle de développement tout court, incluant outre l’économique, le politique, le social, le culturel et même le modèle du développement du religieux, qui malheureusement et pour quelque temps encore restera le caillou dans la chaussure.


J’ai publié en 2018-19 une demi-douzaine de chroniques sur ce j’ai appelé la sempiternelle question du modèle de développement économique. Aujourd’hui, je nuancerai notablement mes écrits antérieurs au vu de ce que la crise vient de nous assener comme leçons.


Le principal enseignement de la pandémie est que l’Homme trouve une place centrale dans toute construction intellectuelle, préalable à l’architecture de tout modèle. Jusque-là, la place de l’Homme, quand il en avait une, était accessoire, souvent mal définie. L’exemple le plus criant se trouve dans les ouvrages d’économies qui vous disent que la création de la richesse est le produit de la rencontre de Capital et du Travail. Où se situe l’Homme dans tout cela ? Est-ce celui qui amène le capital ou celui qui fournit le travail ? La question la plus importante et qu’on se pose rarement, à quoi ça sert de créer de la richesse ! Quelle en est la finalité ?


Dans le schéma actuel le capital perçoit le travail comme une simple ressource, au même titre que l’énergie, les matériaux ou les équipements dont il a besoin. Une marchandise comme une autre ! La marchandisation du travail est une forme insupportable de l’avilissement de l’Homme. La grande distribution par exemple percevait les caissières comme un produit ayant un coût, mais il fallu vivre les affres du confinement pour comprendre qu’il s’agit d’êtres précieux. Très précieux !


Avec le personnel soignant c’est encore plus flagrant. La marchandisation de leur travail s’inscrit dans la rentabilisation forcenée de la Santé. La société va-t-elle leur permettre de recouvrir enfin leur dignité d’êtres humains, ou bien resteront-ils à jamais les prestataires de services au travail tarifé ?


Si à tout malheur on peut lui trouver quelque chose de bien, disons que le bien de la crise sanitaire est d’avoir rendu visibles ces armées de travailleurs dont on a bafoué la dignité. Apparemment l’individu ne peut s’épanouir que dans un environnement démocratique. La démocratie dans l’entreprise passe nécessairement par la «démarchandisation» du travail ! C’est la condition sine qua none pour changer le regard sur le travailleur qui, du coup va intégrer le statut de partenaire et pourvoir ainsi décider du devenir de son entreprise.


Pour y parvenir il est non moins nécessaire de ne plus relier la législation du travail aux lois du marché. Ce sont ces dernières qui, impitoyablement imposent une perception mercantile du travail, sans le moindre souci ou considération pour celui-là même qui fournit ce travail.


La logique de rentabilité qui régit toutes les lois du marché est à l’origine de la déstructuration des sociétés qui peinent à concilier capital et travail. L’antagonisme entre ces deux composantes de la production est exacerbé par la concurrence, qui nourrit le risque de conflagration sociales à tout moment. Renoncer à la marchandisation de la valeur travail va dissoudre l’antagonisme et partant, désamorcer les risques de conflits.


On ne peut envisager la conception d’un nouveau modèle de développement sans la mise à plat de l’ensemble des lois régissant le marché. Les lois actuelles, par leurs brutalités ont passablement abîmé l’homme. Elles imposent à l’homme d’être au service du marché alors que d’un point de vue éthique ça devait l’inverse, c’est l’homme qui doit être la finalité du marché.


Le préjudice causé à l’homme est concomitant à la destruction de notre mère nourricière, la Terre. Les lois du marché poussent à l’exploitation frénétique des ressources de la planète. Malgré les dommages visibles causés à l’environnement, rien semble arrêter la gloutonnerie du marché.


La survenance rapide et brutale de la crise sanitaire a permis de réveiller des consciences et les comportements commencent à changer. Ce n’est malheureusement pas le cas de la crise écologique, pourtant antérieure à la pandémie. Il faut trouver l’explication dans la couverture médiatique différenciée des deux crises. Dans le premier cas la sensibilisation des populations a été immédiate car les médias mainstream ont joué sur les peurs, pour l’écologie c’est tout le contraire, vu que les mêmes médias, pour servir au mieux le capital, ont plutôt versé dans un véritable déni du risque écologique. Faut-il que des villes du littoral soient englouties par les eaux pour qu’enfin on admette qu’on est entrain de détruire la planète ?


Après avoir abîmé l’homme, le capital est en passe d’endommager durablement la Terre. D’où l’urgence de reconsidérer la place du capital dans le devenir de l’espèce. Une nouvelle philosophie de vie s’impose, qui sans exclure le capital financier, restaure l’homme dans ce qu’il a de plus précieux, sa dignité, et protège la Terre pour pérenniser sa mission de mère nourricière. On peut rêver de trouver un équilibre harmonieux dans la triptyque : capital-Homme, capital-Terre et capital-Finances. L’harmonie ne signifie pas nécessairement l’égalité d’un capital avec les autres. À la Commission de M. Benmoussa de savoir mettre le curseur là où il faut !

Abdelahad Idrissi Kaitouni.






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