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Formation du gouvernement : variations et arithmétiques!

Dernière mise à jour : 12 sept. 2021



La Constitution du Maroc et le mode de scrutin visent à éviter qu’aucun parti politique ne puisse jamais avoir la majorité absolue. C’est une manière intelligente pour le Makhzen d’interférer dans la composition du gouvernement sans en donner l’impression. Pour maquiller davantage cette ingérence, on a adoubé la notion de «ministères de souveraineté», comme si des départements ministériels pouvaient s’inscrire en dehors du pouvoir régalien de l’Etat. Autant on peut comprendre que les Affaires Étrangères puissent relever du domaine réservé du Chef de l’Etat, autant il est difficile de l’admettre pour le ministère de l’Intérieur par exemple.


Alors bonjour aux coalitions.


Certes, la notion de coalition est une pratique universelle, sauf qu’au Maroc ça a toujours été une affaire d’arithmétique dans la mesure où le jeu consistait à additionner les nombres de sièges pour arriver au seuil fatidique de la moitié plus un. Mais souvent on allait au-delà, on cherchait des majorités confortables pour se mettre à l’abri de certaines défections ou de la transhumance politique qui était très courante à un moment donné.


L’arithmétique spécieuse était facilitée par l’envie immodérée de la plupart des partis de s’offrir un ou plusieurs maroquins. Qu’importe que d’autres membres de la coalition soient aux antipodes de leurs idées. D’ailleurs on voyait des coalitions hétéroclites rassemblant des professions de foi tellement éloignées sans qu’il y ait jamais eu de pugilat au sein du gouvernement. Pour arriver à ce semblant de cohésion, il fallait que les uns et les autres renoncent à leurs principes. Ces renoncements aux promesses électorales accentuent le discrédit des partis qui apparaissent comme de simples véhicule devant conduire au pouvoir.


Rares, très rares sont les partis qui ont choisi délibérément l’opposition. D’autres ne se sont trouver dans l’opposition que parce qu’on n’avait pas besoin d’eux pour compléter le compte. Dans une démocratie l’opposition n’est pas le purgatoire, mais souvent un passage salutaire pour se revigorer pendant que les autres subissent l’usure du pouvoir. Pour ne pas l’avoir compris, l’USFP, en se maintenant coûte que coûte dans le gouvernement Jettou, a précipité sa propre implosion.


Jusque là, les coalitions au Maroc ont été malsaines, trop malsaines, et l’impact sur la gouvernance du pays a été des plus négatif. On nous sortait à chaque fois un attelage hétéroclite qui n’avait aucune prise sur le cours des événements. D’où une désaffection rampante à l’égard des urnes, constatée lors des précédents scrutins. Elle ne s’est arrêtée en ce 8 septembre que parce que les Marocains ont voulu se mettre à l’abri de deux risques majeurs. D’une part rappeler à l’Algérie la forte cohésion de notre front intérieur capable de mettre en échec toutes velléités agressives de leur junte militaire, d’autre part signifier aux islamistes leur mise en congé définitive des affaires publiques après leur gouvernance calamiteuses des dix dernières années.


Allons-nous continuer la sordide arithmétique post-électorale ou bien y aura-t-il un sursaut à la hauteur des enjeux nationaux et internationaux ? Est-ce que M. Akhannouch, nommé Première Ministre, saura tirer profit de son large succès électoral, de son étroite proximité avec le Roi, de ses ressources considérables, pour enfin initier une méthode hardie dans la structure et la composition de son équipe gouvernementale ?


Il a besoin de beaucoup d’audace pour rompre avec les pratiques des dernières décennies. Inutile qu’il aille chercher l’appoint juste pour faire du chiffre. Sa coalition doit être réduite uniquement aux partis qui ont une réelle convergence avec le sien, même si sa majorité n’est pas très confortable numériquement. Elle le sera par sa cohérence, et les Marocains aiment sentir de la cohérence dans la gestion des affaires publiques.


Qu’importe de laisser le maximum de partis dans l’opposition. Si celle-ci est numériquement importante, elle ne saurait constituer un risque pour un gouvernement qui tire sa force de sa cohésion. Au contraire, ce sera un aiguillon qui amènera le gouvernement à se surpasser. Dans cette configuration, l’opposition elle-même trouvera son compte. La cure d’opposition apparaît souvent comme la voie royale pour le retour aux affaires.


Je n’ai jamais été proche du RNI, pas plus que je ne suis pas un fan de M. Akhanouch. Mais je crois cependant que le personnage dispose aujourd’hui de beaucoup d’atouts pour mettre fin à des pratiques désuètes. De plus M. Akhannouch bénéficie d’une «fenêtre de tir» au regard des conjonctures nationales et internationales particulièrement opportunes.


Saura-t-il profiter de cet alignement exceptionnel des astres ? Espérons-le et souhaitons-lui bonne chance !



Abdelahad Idrissi Kaitouni.












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