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D'où viendra le renouveau de l'Islam ?




Les prêches dans les mosquées et les causeries religieuses abordent souvent le thème du renouveau de l’Islam ou dans l’Islam. On convoque à cet effet toujours la même sentence : إن الله يبعث للمسلمين على رأس كل مئة سنة من يجدد أمّر دينهم que je pourrai traduire maladroitement par : “tous les siècles, Dieu envoie aux musulmans quelqu’un pour rénover leur religion”. Cette prédiction suscite l’espoir fou d’un hypothétique renouveau et laisse sur leur faim les sceptiques qui attendent depuis des lustres.


Je ne suis pas un spécialiste de « l’histoire de la pensée islamique » pour en parler et surtout pour dire si la fameuse prédiction s’est ou non réalisée. Mais sans être spécialiste on ne peut pas ne pas s’indigner des persécutions subies par de nombreux penseurs musulmans qui ont tenté quelque chose, et plus particulièrement les rationalistes comme Averroès. Il eut le tort, tout en reconnaissant l’importance de la foi, d’inviter à donner la prééminence à la raison dans notre quotidien. Étaient-ce ces penseurs qui auraient contribué à rénover l’Islam? Leurs tentatives étaient vaines car toutes avortées par les pouvoirs en place et par les oulémas et autres personnels religieux à leur solde.


Le profane que je suis a cependant été interpellé par le sort et le rôle d’un personnage sulfureux de la pensée musulmane : Ibn Taymiyya (1263-1328). Certes, il a vécu une époque trouble marquée par l’invasion des Mongols. Ce qui explique largement pourquoi il s’est drapé dans une sorte de repli religieux. Pour lui ce qui frappait la Oumma résultait du relâchement qu’il aurait constaté dans l’exercice de la religion. Il fallait donc serrer les vis.


Serrer les vis revenait pour Ibn Taymiyya à prôner un rigorisme jusque-là inconnu. Un retour à l’obscurité après des lustres fastes et lumineux ! Il avait écopé de la prison (six ans et la dernière fois il y a trouvé la mort) tellement il était extrême dans ses préconisations. En quoi ses enseignements sont-ils toxiques, alors qu’il n’avait aucune notoriété particulièrement à son époque ? J’y vois personnellement deux influences déterminantes.


La première influence est sur Ibn Kathir (1301-1373) la référence en matière d’explication du Coran. J’avoue que je me suis farci les 1 600 pages de son « exégète du Coran », sans comprendre grand chose, pire en ayant le sentiment d’en comprendre moins après qu’avant. J’ai tenté une deuxième lecture que je n’ai jamais achevée. Et pour cause : avec Ibn Kathir il explique un verset en convoquant deux ou trois autres versets. Dans ses explications il fait rarement appel à la démonstration raisonnée. A la raison tout court et ce en conformité avec la doctrine de son mentor Ibn Taymiyya !


La deuxième influence, encore plus pernicieuse est celle exercée sur le sinistre Mohamed Ibn Abdewahab (1703-1792). L’accord que ce dernier a conclu avec Ibn Saoud en 1744 marque le début de la période la plus régressive de l’histoire de l’Islam. Ses conséquences désastreuses sont toujours là. La mort que la doctrine wahhabite sème fait de notre époque une des plus sombres de l’histoire de l’Islam.


On voit donc que depuis le XIIIème siècle les changements allaient tous dans le sens d’une contraction de la pensée. Pourtant, plus près de nous, à la fin du XIX ème siècle et début du XX ème, il y a eu un frémissement qui a suscité un immense espoir. Il a été initié par des hommes remarquables comme Jamal Eddine Al Afghani, Cheikh Mohamed Abdou, et Mohamed Rachid Réda. Ces hommes étaient animés d’une grande foi dans l’Islam et d’une toute aussi grande foi dans l’homme. Ils y ont cru, et ont rêvé d’une évolution du monde arabo-musulman à l’instar de l’ère meiji au Japon.


Le retentissement de leurs idées a eu des effets salutaires provoquant des changements notables dans nos sociétés. L’Egypte a renoué avec les fastes de la littérature arabe, et n’a jamais été aussi prolifique qu’avec des auteurs comme Taha Houssein, Ahmed Chawki, Manfalouti, Abbas Al Akkad, Najib Mahfoud etc... C’était aussi l’âge d’or de la chanson et du cinéma égyptien.


L’onde de choc n’a pas épargné le Maroc qui s’est inscrit dans la mouvance de cette tendance réformiste, au point que les leaders du mouvement national Allal El Fassi et Mohamed Belhassan Ouazzani se sont appropriés l’essentiel des idées de J. Al Afghani et Ch. Abdouh.


Tout semblait concourir vers une sortie du monde arabo musulman de la profonde léthargie où il se morfondait depuis des siècles. Malheureusement la résurrection n’aura pas lieu. Deux événements, concomitants, sont venus mettre un coup d’arrêt à cette euphorie.


D’une part l’émergence dès 1926 de la Saoudie comme nouvelle puissance régionale dotée de puissants moyens financiers qu’elle va utiliser non pour le développement du pays mais surtout pour la propagation du rigorisme wahhabite. D’autre part l’apparition en Égypte dès 1928 de la mouvance des Frères Musulmans initiée par Hassan Al Banna qui préconisait la lutte contre toute forme « d’occidentalisation » des sociétés musulmanes.


Les coups de boutoir conjugués de ces deux doctrines ont fini par avoir raison de la modernisation entamée au début du XXème siècle. Conséquence : un repli identitaire tellement prégnant qu’il pousse des personnes d’une même obédience à s’entretuer. Le spectacle de désolation ne semble pas devoir s’arrêter tant que Wahhabites et Frères musulmans continueront à imposer par des moyens douteux leur doctrine d’un autre temps.


Peut-on continuer à croire la prédiction qui laisse espérer l’avènement de quelqu’un qui allait rénover la religion ? Pas si sûr, car le désenchantement est total et la défiance des uns vis à vis des autres est maintenant virale. Nos sociétés profondément meurtries ne laissent aucune place au dialogue sans lequel elles continueront à se morfondre dans ce mal endémique qui les ronge. Nous sommes devenus totalement autistes à toute opinion qui n’est pas à l’identique de la notre. L’enfermement dans lequel nous nous sommes tous murés nous rend totalement aveugles.


Autistes, aveugles, peut-on encore nourrir l’espoir d’une rédemption ? Il me paraît difficile que de nos sociétés figées, rigidifiées puisse venir un jour le salut. Comme je suis un incorrigible optimiste, j’ai ce vague sentiment que le salut n’est pas dans un horizon très lointain.


D’une part parce que nous avons touché le fond, d’autre part l’Islam qui a pris racine dans de nouvelles sociétés est moins étouffant que celui des sociétés traditionnellement musulmanes, des sociétés moins dogmatiques et moins sectaires. Ce qui revient à dire que si renouveau de l’Islam il doit y avoir, il ne peut émaner que des musulmans de la diaspora.


Je peux me méprendre, mais j’imagine que des personnes qui vivent dans des sociétés de tolérance, respectueuses de l’intégrité de l’homme, des lois, du vivre ensemble, ont une grande propension à une élévation morale et spirituelle, condition essentielle à toute tentative de rénover la religion. Le renouveau de l’Islam ne va pas émaner des Terres de l’Islam, mais va poindre plus probablement des Nouvelles Terres de l’Islam.


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PS : Je sais que chaque point de cet article nécessite plus amples développements. Pour rendre le texte digeste, j’ai pris des fois des raccourcis pour lesquels je demande à mes lecteurs beaucoup de mansuétude.



Abdelahad Idrissi Kaitouni.

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