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Comment la France peut-elle aider l’Algérie ?




Nul ne peut nier que l’Algérie vit une crise majeure. Tout a été dit sur cette crise multiforme qui frappe le quotidien des populations. De quelque côté qu’on se penche sur ce pays, on est frappé par l’ampleur des maux endémiques qui le rongent. Ce qui confine au tragique c’est que cette situation perdure depuis toujours. Le 29 Février 1916, le Maréchal Lyautey dans une réplique au député Birot, en a dressé une image si peu flatteuse, qu’on n'a aucune peine à ne pas y retrouver l’Algérie, trait pour trait, soixante ans après l’indépendance. Il a dit en substance :


« Et puis si l’Algérie est bien une colonie, le Maroc est un protectorat et ce n’est pas là seulement question d’étiquette.

« Alors que nous nous sommes trouvés en Algérie en face d’une véritable poussière, d’un état des choses inorganique, où seul le pouvoir constitué était celui du bey turc effondré dès notre venue, au Maroc, au contraire nous nous sommes trouvés en face d’un empire historique et indépendant, jaloux à l’extrême de son indépendance, rebelle à toute servitude, avec sa hiérarchie de fonctionnaires, sa représentation à l’étranger, ses organismes sociaux dont la plupart subsistent toujours.

« Songez qu’il existe encore au Maroc de nombreux personnages qui furent ambassadeurs du Maroc à St Petersbourg, à Londres, à Berlin, à Madrid, à Paris, accompagnés de secrétaires et d’attachés, hommes d’une culture générale, qui ont traité d’égal à égal avec les hommes d’état européens, qui ont le sens et goût des choses politiques : rien de similaire en Algérie ou en Tunisie ».



Le crise institutionnelle a éclaté en 1965, avec le coup d’état qui a permis aux militaires de confisquer, jusqu’à ce jour, la réalité du pouvoir. Mais à l’origine, ce pays totalement artificiel, vit une crise existentielle particulièrement complexe. Comment n’en serait-il pas ainsi alors qu’il est le pur produit d’un hold-up fomenté par la France contre l’histoire de la région et de sa géographie ? Occupée en 1830, l’Algérie a été ainsi baptisée par circulaire du général Virgil Schneider en date du 14 octobre 1839. Donc le nom "Algérie" n’existait pas avant cette date, et il devenait plus commode de désigner par Algériens les populations qui vivent dans l’espace géographique sous domination française. Cette surprenante «naissance» et appellation n’ont pas fini d’interroger lesdites populations sur leur existence même. L’absence de référentiels communs à toutes ces populations ne permettait pas de dégager une identité pouvant constituer la trame d’une nation.


Certes chaque région pouvait se prévaloir de certains particularismes. Quand on met côte à côte l’Oranais, les Aurès, la Kabylie, le Mitidja, le Djurdjura, ou encore l’Ouarnesis ou le Hoggar, on a peine à trouver où se situe l’Algérien. Cette diversité qui normalement devait être une richesse se heurte à l’absence d’une histoire commune. La guerre d’indépendance n’a pas permis de forger la trame d’une nation, elle n’a été que la naissance aux forceps d’un ensemble qui semble en avoir gardé de lourdes séquelles.


Les protagonistes de cet aggiornamento, à défaut de puiser des valeurs dans un passé commun introuvable, avaient convenu de façonner leur pseudo nation sur le modèle soviétique d’abord, puis ensuite sur des modèles mafieux, érigeant les règles du milieu en doctrine de gouvernement. Ils marient le chantage et le bluff dans leurs rapports avec leurs administrés, et avec certaines chancelleries, notamment celles qui ont développé une surprenante propension à tout accepter de l’Algérie, et pas que pour des raisons « mémorielle ».



Voilà la moralité et le comportement du partenaire privilégié de l’Élysée au Maghreb ! Les quelques critiques émanant de politiques français sont construites sur des considérations idéologiques. Autant ne pas en tenir compte ! Ce n’est que très récemment que de véritables spécialistes du Maghreb commencent à tirer la sonnette d’alarme. Ils montent au créneau pour dénoncer d’une manière incisive les risques que ce rapprochement contre-nature fait courir à la France.


Il y a eu tout d’abord, en date du 8 Septembre 2022 dans la revue « Le magazine », une brillante étude du Saint-cyrien, M. Hadrien Desuin, qui s’offusque de la prééminence que Macron confère à l’Algérie au détriment des autres pays du Maghreb. Cet ancien de « L’École Spéciale Militaire », rompu aux études stratégiques, n’a pas hésité à démontrer que l’intérêt supérieur de la France réside dans un partenariat privilégié et plus élaboré avec le Maroc, recommandant au passage la reconnaissance formelle de la marocanité du Sahara.


Plus récemment, nous avons eu droit un retentissant article sur Le Figaro de l’ancien Ambassadeur de France en Algérie, M. Xavier Driencourt. Il a été une première fois Ambassadeur en 2008, et sa connaissance intime de l’Algérie a conduit l’Élysée à le renvoyer une deuxième fois à Alger en 2017. C’est la reconnaissance implicite qu’il est un des meilleurs spécialistes de ce pays. Je ne reviendrai pas sur le contenu, le texte intégral a été très largement diffusé. Je retiens juste le fait qu’il dise que la France pourrait être entraînée par l’Algérie dans sa chute.



Qu’un tel risque soit rappelé avec autant de vigueur par une grande autorité comme M. X. Driencourt, montre qu’il est de la plus haute urgence que Macron revoit sa copie maghrébine. Il ne s’agit pas d’abandonner l’Algérie à son triste sort, mais de l’aider à s’en sortir. Facile à dire, mais comment ?


Dans la première partie de cette chronique, il a été fait mention de la complexité et de la gravité des crises qui frappent durement l’Algérie. Elles sont autant de démons qui rongent la société, et ce n’est pas sans raison que l’Ambassadeur Driencourt dit que l’obsession des 45 millions d’Algériens est de quitter le pays.


Seule la France pourrait jouer à l’exorciste, mais comment pourrait-elle exorciser tous ces démons ? Il faut s’attaquer au plus prégnant de tous : le démon Maroc comme le vivent les Algériens ! En effet, si on devait hiérarchiser la gravité de ces démons, celui représenté par leur voisin de l’Ouest les surclasse tous. La phobie démoniaque se nourrit d’une haine viscérale et irrépressible de tout ce qui de près ou de loin rappelle le Maroc.


On arrive à soigner ces phobies extrêmes, non en occultant l’objet de la phobie, mais plutôt en forçant le malade à faire corps avec cet objet. Ainsi arrive-t-on à évacuer la peur, une manière en somme d’exorciser le mal.


Dans le cas qui nous intéresse, l’Algérie peut évacuer sa phobie du Maroc en admettant sa souveraineté sur le Sahara. Pour cela il est nécessaire qu’elle prenne conscience de l’irréversibilité de la marocanité de ces provinces. Il est évident que seule la France pourrait assener le coup décisif, mais salutaire pour que l’Algérie se fasse à cette réalité.


Tant que la France n’aura pas reconnu elle-même et formellement la souveraineté du Maroc sur le Sahara, l’Algérie continuera à entretenir l’espoir fou de dépecer son voisin pour avoir une fenêtre sur l’Atlantique. L’attitude de la France laisse comme un doute sur l’irréversibilité de l’issue finale. Ce flou qu’elle entretient encourage l’Algérie à persister dans son attitude démoniaque.


Si la France veut aider l’Algérie comme elle le prétend, il faut qu’elle lui fasse comprendre, une fois pour toutes, que « les carottes sont cuites », autrement dit que la souveraineté sur le Sahara est irrémédiablement acquise au Maroc et que, continuer à lui disputer sa souveraineté relève de la folie furieuse.


Il n’y a pas d’autres moyens pour la France de convaincre sa protégée que de commencer elle-même par une reconnaissance formelle et sans ambiguïté de la marocanité du Sahara. Tout porte à croire qu’en réalisant l’irréversibilité de la chose, la junte militaire ne se rende compte qu’il lui faut lâcher prise sur cette question.


Mais rien n’indique en revanche, que même en exorcisant ce démon, les autres démons ne surgissent pour continuer à empoisonner la vie des Marocains. La France aura ainsi aidé l’Algérie à faire sauter un verrou décisif, le reste attendra des temps meilleurs !



Abdelahad Idrissi Kaitouni.


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