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Les enjeux inavouables de la généalogie. Partie 1: Les insuffisances de la généalogie traditionnelle



Tout Homme cherche à connaître ses origines, à la fois génétique et géographique. Ce besoin de savoir d’où l’on vient a donné naissance à la généalogie qui est devenue progressivement une composante des sciences humaines, allant jusqu’à expliquer parfois des faits historiques. Oui, la généalogie s’apparente à une science car les méthodologies d’approche obéissent à des règles qui elles-mêmes obéissent à des constructions plus ou moins logiques. Mais comme pour toutes les sciences humaines, il n’y a pas de vérité absolue et donc pas de certitude !


Attardons-nous un peu sur la généalogie traditionnelle pour en montrer les limites et surtout les failles qui la rendent pour certains moins fiable, pour d’autres, très approximative.

De lourdes présomptions pèsent par exemple sur l’authenticité de beaucoup d’arbres généalogiques, notamment celui des « Chorfas ». Rien de surprenant puisque la majorité des travaux généalogiques les concernant sont le fait des non-chérifs, et résultent souvent de travaux d’historiens de tous bords.


En effet, de nombreux historiens sont allés fouiller dans l’ascendance de protagonistes de certains événements pour expliquer leur occurrence et étayer leurs thèses sur des faits historiques. La subjectivité n’est jamais totalement absente dans l’interprétation de ces faits.


Un exemple :


Le schisme dans l’Islam, né de la guerre de succession du Prophète, a donné lieu à des grilles de lecture variées en fonction de l’obédience de chaque l’historien. C’est en se discréditant mutuellement que des branches issues d’un même arbre se sont livrés des guerres interminables.


Ainsi Chiites et Sunnites se sont entretués en jouant sur la proximité génétique avec le Prophète. Le référentiel fondateur du Chiisme est la filiation avec Ali, ce qui place la généalogie au centre des préoccupations du pouvoir, et rend obsessionnel le besoin de discréditer et de jeter le doute sur les autres descendants de Ali.


L’attente du retour de l’Imam Mahdi a suscité dans le Chiisme beaucoup de vocations fondées sur la nécessité d’appartenir à la lignée de Ali.


Ce fût, entre autres, le cas des Fatimids, une dynastie chiite qui régna au tout début du X ème siècle sur l’Egypte et sur ce qui était connu alors sous le nom de L’Ifriqiya L’appellation « Fatimid » est une référence nette à Fatima, la femme de Ali et la fille du Prophète. Comme si ce référent généalogique ne suffisait pas, le fondateur Ubaïd Allah Al Mahdi a cru bon de préciser l’ascendant ismaélien, en faisant remonter sa généalogie à Ismaël Ibn Jaafar Assadik, Ibn Mohamed Al Baqir, Ibn Zine Al Aabidine, Ibn Hussein, Ibn Ali. Nombre d’historiens contestent les prétentions mahdistes des Fatimids. Mais comme l’Histoire est jalonnée de falsifications, le doute reste permis dans un sens et dans l’autre.


Si l’appartenance à une noble lignée a conduit des falsificateurs à s’inventer des liens imaginaires avec une origine donnée, il existe d’autres cas de figure avec la situation inverse. L’histoire rapporte que d’authentiques Chérifs avaient, pour des raisons de sécurité, de survie même, masqué leur appartenance à leur propre lignée en se fondant dans un total anonymat.

C’est ce qui est arrivé aux descendants de Moulay Idriss à Fès en 952 quand un mercenaire des Omeyyades d’Andalousie et des Fatimids de l’Ifriqiya, Moussa Ibn Al Afia a massacré en une nuit plusieurs centaines de Idrissi pour précipiter la chute de cette dynastie et ouvrir ainsi les destinées du Maroc à ses commanditaires.


Tous ceux qui ont échappé à ce massacre, se sont dispersés un peu partout au Maroc et hors du pays. Nombreux sont ceux qui se sont réfugiés dans les villes et villages du Rif avec une concentration dans une bourgade appelée Jouta, aujourd’hui disparue. Souvent ils avaient changé de patronyme pour se préserver.


Trois siècles plus tard, la dynastie mérinide, consciente des préjudices énormes subis par les Idrissi, a tout fait pour restaurer leur lignée.


Le travail de restauration s’est poursuivi des siècles durant sans pour autant réussir à retrouver toute la descendance de Idriss. Si quelques branches ont réussi à restaurer leur arbre avec un maximum de vraisemblance, il n’en demeure pas moins que de très nombreux cousins continuent à échapper aux tentatives de restaurer leur généalogie. Ils sont disséminés un peu partout dans le monde soit qu’ils ne peuvent pas apporter la preuve de leur filiation, soit qu’ils ignorent simplement leur appartenance à cette famille.


Les deux exemples illustrent l’incapacité de la généalogie traditionnelle à apporter des réponses irréfutables soit pour confondre l’usurpateur d’un nom, soit pour restaurer la filiation de quelqu’un qui ne peut pas apporter une preuve de cette filiation.


Abdelahad Idrissi Kaitouni

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